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FranceMacron va remplacer l’ENA par un „Institut du service public“

France / Macron va remplacer l’ENA par un „Institut du service public“
Plaque à l’entrée du bâtiment de l’Ecole nationale d’administration à Strasbourg Photo: Patrick Hertzog/AFP

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Le président Macron a annoncé jeudi la suppression de l’École nationale d’administration (ENA), symbole, creuset et bastion de la haute Fonction publique française depuis 1945, ou plutôt son remplacement par un „Institut du service public“, dont une partie de la formation sera commune à treize autres grandes écoles. L’ISP restera, comme l’ENA, installé à Strasbourg.

C’est une annonce à laquelle il faut bien dire que plus grand monde ne croyait, puisque deux années déjà s’étaient écoulées depuis qu’elle avait été formulée la première fois, en avril 2019, au sortir de la crise des „Gilets jaunes“ (qui n’en demandaient d’ailleurs pas tant) et du grand débat auquel elle avait donné lieu. Mais l’homme de l’Elysée, qui a toujours affiché lui-même jusqu’à la caricature les qualités et les défauts de cette ENA dont il est issu, assure qu’il „ne suffit plus d’ambitionner une réforme de l’action publique, mais une révolution“.

Trois raisons l’y poussent aujourd’hui. La première est que ce qu’on appelle dans l’Hexagone l’énarchie, autrement dit cette caste de la politique et de la haute administration dont les membres ont été formés – tous sur le même moule, disent leurs contempteurs – par la prestigieuse école, est actuellement l’objet de mille critiques dans l’opinion. Ce n’est pas nouveau, mais cet „entre-soi“, toutes orientations confondues, exaspère de plus en plus les Français. Qui notent au passage que depuis la mort de Pompidou en 1974, tous les présidents sauf Mitterrand et Sarkozy, et d’innombrables ministres, sont sortis de l’ENA.

En second lieu, cette irritation déjà réelle a été exacerbée par la gestion pour le moins erratique de la crise sanitaire du Covid par les autorités françaises, à commencer par le président lui-même. Reproche qui ne va pas toujours sans injustice: l’évolution du virus était elle-même bien aléatoire; mais qui a fait dire à beaucoup que décidément, ces prétendus spécialistes de la gestion publique étaient à mille lieues des réalités de terrain qu’ils étaient pourtant chargés de gérer. Face à l’exaspération d’une bonne partie de l’opinion, le chef de l’Etat, à guère plus d’un an d’une nouvelle course à l’Elysée, se devait de trouver un bouc émissaire.

Le vrai problème: le recrutement

A quoi s’ajoute le fait qu’à cette échéance électorale majeure justement, Emmanuel Macron, élu en 2017 sur une image d’audacieux réformateur, va devoir se représenter avec un bilan des plus maigres. Sans doute l’hostilité des syndicats à son projet de nouveau système de retraites, puis l’explosion de colère populaire des „Gilets jaunes“, et enfin la pandémie, ne lui auront vraiment pas facilité la tâche. Mais le président sortant se cherche en toute hâte, pour sa dernière année, quelques réformes à afficher, et de préférence populaires. Là aussi, celle de l’ENA tombe à pic.

La difficulté pour lui étant qu’une bonne partie de la classe politico-médiatique juge qu’il ne s’agit que d’une opération de communication, se bornant pour l’essentiel à un changement de nom. Même si quelques modifications doivent aussi intervenir: les plus brillants anciens élèves n’en seront plus affectés automatiquement dans les „grands corps de l’État“ (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’État …) dès leur sortie, et leur formation sera en partie co-assurée par d’autres grandes écoles.

Mais le vrai problème de l’ENA, ou demain de l’ISF, est que les hauts-fonctionnaires qu’il s’agit de former sont, dans une proportion écrasante, issus de la bourgeoisie intellectuelle et/ou très aisée, et pratiquement jamais des classes populaires. Ce recrutement n’est évidemment pas dû à une volonté politique, mais à l’effondrement du niveau de l’enseignement primaire et secondaire, qui a désespérément bloqué l’„ascenseur social“ dont, lorsqu’elle fut créée par le général de Gaulle en 1945, l’ENA devait être (et fut, un temps) le plus prestigieux moteur.