Après une semaine consacrée par différents membres du gouvernement à préparer les Français à un nouveau confinement („très serré“, précisait même, fataliste, le porte-parole du gouvernement), qui devait être annoncé ce week-end par le chef de l’Etat lui-même, c’est finalement le premier ministre qui, vendredi soir, à l’issue d’un conseil de défense sanitaire surprise, a été chargé de présenter un mini-plan destiné … à éviter d’en arriver là.
Nouveau „couac“ dans la communication de l’exécutif, ou préparation psychologique au plus désagréable, afin que les nouvelles restrictions soient accueillies avec un paradoxal soulagement? Si la seconde hypothèse est la bonne, elle ne semble guère avoir fonctionné: un sondage réalisé juste après les annonces faites par M. Castex montre que 64% des personnes interrogées, contre 36, ne sont pas satisfaites de cette gestion de la crise sanitaire.
Les écoles restent ouvertes
Il est vrai qu’après avoir longuement expliqué qu’un reconfinement était inévitable, le pouvoir affiche finalement un profil assez bas. Les mesures nouvelles, présentées comme „une dernière chance d’éviter de devoir se reconfiner“, se résument à une quasi-fermeture des frontières – exception faite, tout de même, des travailleurs transfrontaliers (la France en compte plus de 300.000). A quoi s’ajoute la fermeture des très grands espaces commerciaux, ceux dont la surface totale dépasse 20.000 mètres carrés, même s’ils sont composés de dizaines de boutiques individuelles. Couvre-feu et fermeture des bars et restaurants sont maintenus, mais les écoles, elles, restent ouvertes.
Comme on pouvait s’y attendre, ces mesures sont jugées insuffisantes par beaucoup de dirigeants de l’opposition. „Je trouve particulièrement dangereux de jouer sur la corde psychologique en faisant monter la menace du confinement ces derniers jours pour finalement envoyer à la volée un premier ministre embarrassé faire des annonces mineures“, a ainsi déclaré le président du groupe LR à l’Assemblée nationale, Damien Abad. Et beaucoup de médecins plaidaient aussi pour une décision plus radicale face à la propagation du variant anglais plus contagieux, qui représenterait désormais dix pour cent des cas en France. Et ils font valoir que d’une manière générale, les indicateurs restent à un niveau élevé: près de 27.000 victimes du Covid sont actuellement hospitalisées, ce qui se rapproche des pics de la première et de la deuxième vague, 3.000 d’entre eux l’étant en réanimation.
Du nouveau lundi prochain?
Mais trois grandes considérations semblent avoir conduit Emmanuel Macron à ne pas décréter dès maintenant le reconfinement. D’abord le fait que l’exécutif n’avait pas encore de visibilité complète sur le bilan du couvre-feu national dès 18 heures, décidé à la mi-janvier. Il a constaté la semaine dernière que ces restrictions n’avaient pas suffisamment stoppé le virus, mais il voulait se donner le temps d’en savoir plus, considérant que les chiffres restaient trop fluctuants pour l’instant.
Il y avait aussi les pressions économiques pesant sur l’homme de l’Elysée: son ministre des Finances, Bruno Le Maire, ne cessait de prédire une récession dramatique en cas de reconfinement (une situation qui, dit-il, coûte à la France environ 25 milliards d’euros pas mois), et de son côté ses collègues de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Culture, bataillaient pour un maintien de l’ouverture des écoles. Ils semblent avoir pesé plus lourd dans ce débat que Jean Castex et son ministre de la Santé, Olivier Véran, partisans, eux, du reconfinement.
Enfin, M. Macron s’interroge visiblement sur l’acceptabilité des contraintes imposées à la population par la lutte contre le virus. Récemment, il présentait l’opinion, dans un discours, comme composée de „66 millions de procureurs“! C’est pourtant beaucoup dire, puisqu’une majorité absolue de Français – certes décroissante – reste favorable à un reconfinement. A condition, il est vrai, même si ce n’est pas explicite, que ce soit le dernier … Ce qui, au rythme actuel de la vaccination en France, n’est vraiment pas gagné. Au point qu’on parle déjà d’un nouveau rendez-vous, lundi prochain 8 février, pour l’annonce d’une éventuelle inflexion stratégique.
Zu Demaart
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