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Épreuve de force L’agitation aux Antilles françaises prend un tour préoccupant pour Paris

Épreuve de force  / L’agitation aux Antilles françaises prend un tour préoccupant pour Paris
La Guadeloupe et la Martinique sont en proie à des protestations populaires de plus en plus violentes Photo: AFP/Christophe Archambault

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La Martinique et la Guadeloupe, deux îles des Antilles françaises, sont secouées par un mouvement social et de contestation de mesures sanitaires qui a vite été émaillé de violences, y compris de tirs contre les forces de l’ordre dans la nuit de lundi à mardi.

Ce qui n’était voici quelques jours encore, pour les autorités de Paris, qu’un souci politique un peu marginal et exotique, est en train de prendre l’allure d’une vraie crise, pour lointain qu’en soit l’objet: les deux départements insulaires des Antilles françaises, la Guadeloupe et la Martinique, sont en proie à des protestations populaires de plus en plus violentes.

A l’origine, c’est la situation sanitaire dans les deux îles (en fait deux archipels) qui a suscité la colère des Antillais, de manière d’ailleurs paradoxale puisque beaucoup d’insulaires se plaignaient – à juste titre – du relativement faible taux de personnes vaccinées contre le Covid, et donc de l’incidence élevée de l’épidémie, tandis que d’autres s’exaspéraient au contraire de l’obligation vaccinale décrétée pour essayer d’endiguer la propagation du virus.

Surtout lorsque les membres du personnel soignant qui refusaient cette vaccination se sont vus, comme en Métropole, suspendus de leurs activités professionnelles. Avant que, il est vrai, le gouvernement ne fasse un peu machine arrière en reportant la date où cette obligation vaccinale deviendra strictement applicable au 31 décembre.

Mais en quelques jours, de nouveaux griefs sont apparus, notamment à l’initiative des syndicats, des élus locaux et des partis politiques antillais qui, sans être nécessairement indépendantistes ou même simplement autonomistes, ont saisi l’occasion de rappeler à Paris leurs griefs: une meilleure distribution de l’eau potable, une diffusion plus vaste de l’éducation, la lutte contre les inégalités sociales, un accès plus facile des Antillais aux élites locales …

Et la situation a commencé à mal tourner pour les autorités. Les barrages autoroutiers se sont mués en incendies, des magasins (bijouteries, pharmacies, commerces alimentaires) et des banques ont commencé à être pillés, des véhicules de gendarmerie ont fait l’objet de caillassages puis de tirs à balles réelles. Plus fort encore symboliquement, et donc plus préoccupant: des armes de guerre ont été dérobées dans les locaux de la douane à Pointe-à-Pitre, la sous-préfecture de la Guadeloupe.

Le dilemme de Macron

Certains, sur place, mais aussi, plus discrètement, à Paris, commencent à parler d’épreuve de force, et même d’émeutes, à propos de ces deux départements d’outre-mer, souvent résumés, bien à tort, à leur image de paradis touristiques, grands pourvoyeurs de punchs à déguster sur des plages de cartes postales. Vision terriblement réductrice qui, bien naturellement, achève d’irriter les Antillais. Lesquels ont le sentiment d’être, sauf au moment des vacances et chez les agences de voyages, regrettablement oubliés de la Métropole, en particulier sur le front de l’emploi.

„Depuis le mois de juillet“, explique ainsi Élie Domota, le porte-parole de l’intersyndicale de Guadeloupe, „nous sommes des milliers à manifester toutes les semaines pour obtenir des négociations, mais le préfet ne nous entend pas.“ Parmi les demandes des manifestants: le maintien de la gratuité des tests sur le Covid, l’augmentation généralisée des salaires, ainsi que des minima sociaux, des allocations-chômage et des pensions de retraite … Depuis avant-hier, la grève tend à se répandre dans les deux îles.

A quoi s’ajoute un autre contentieux: Guadeloupe et Martinique restent marquées par le scandale sanitaire provoqué par un pesticide, le chlordécone, utilisé de 1972 à 1993 dans les bananeraies pour lutter contre les charançons, et qui a fini par être interdit après avoir été analysé comme dangereux pour la santé humaine. Les insulaires demandent aujourd’hui que les initiateurs de ce programme soient poursuivis, et que le dépistage des possibles séquelles médicales soit généralisé et gratuit.

A ce dossier antillais, comme à tous les autres désormais, l’approche de l’élection présidentielle apporte naturellement une complexité complémentaire. D’autant plus que ces citoyens français d’outre-Mer (dont, en outre, un grand nombre vivent aussi en Métropole) sont, comme tous les autres, électeurs. Et qu’Emmanuel Macron se trouve face à un dilemme: il ne peut apparaître ni comme un dirigeant faible, cédant devant les manifestations, ni comme un président autoritaire qui afficherait son dédain à l’égard de compatriotes lointains … et noirs. Non seulement pour d’évidentes raisons morales, mais aussi parce qu’à la lumière des débats qui agitent en ce moment la société française, l’une ou l’autre option serait calamiteuse.