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La vraie libération de la femme

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Une tribune par Norbert Campagna*

Il y a peu, une majorité d’Irlandaises et d’Irlandais ayant participé au référendum organisé sur la question ont estimé que l’avortement devait être autorisé dans leur pays.

S’il ne fait pas de doute qu’une telle autorisation aura des conséquences sanitaires positives pour de nombreuses Irlandaises – qui n’auront plus à recourir à des pratiques dangereuses, voire mortelles pour mettre un terme à leur grossesse – et qu’elle va aussi dans le sens d’une plus grande justice sociale – moyennant finances, les Irlandaises riches pouvaient se rendre à l’étranger pour un avortement dans de bonnes conditions sanitaires –, il devrait néanmoins être permis de se demander à haute voix si l’idée d’un droit à l’avortement – que certains, en France par exemple, voudraient voir inscrits dans la Constitution – n’est pas l’une de ces fausses bonnes idées qu’on veut nous refourguer au nom de la «libération des femmes».

Pour que les choses soient claires: toute femme a un droit absolu et imprescriptible à refuser la maternité, un droit erga omnes, c’est-à-dire un droit qu’elle peut faire valoir contre n’importe quel individu, y compris son mari, et contre n’importe quelle instance – y compris la majorité ou ses représentants élus et légitimes. Ce droit est d’abord et avant tout, voire doit être compris comme, le droit de ne pas avoir à subir la fécondation d’un ovule, que ce soit par voie naturelle ou artificielle. Toute fécondation subie et non voulue doit être considérée comme une atteinte à l’intégrité physique de la femme. En d’autres termes: un homme qui féconde sciemment l’ovule d’une femme alors que celle-ci ne veut pas d’une telle fécondation, porte atteinte à l’intégrité physique de la femme, et son acte n’est pas moins répréhensible – et je dirais même qu’il est encore plus répréhensible, du moins moralement parlant – que l’acte de mettre volontairement sa main sur les fesses d’une femme alors que celle-ci ne le veut pas ou peut être supposée ne pas le vouloir.

En faisant abstraction des cas où le recours à l’avortement est motivé par des aspects purement médicaux – la grossesse est dangereuse pour la femme; le nasciturus est porteur de handicaps extrêmement lourds (ex. anencéphalie) –, le recours à l’avortement est le plus souvent dû au fait qu’un homme a porté atteinte à l’intégrité physique d’une femme et a fécondé un ovule dont la femme ne voulait pas, ou pouvait être supposée ne pas vouloir, qu’il soit fécondé. Ou pour le dire autrement: si une femme se trouve contrainte à recourir à l’avortement, c’est parce qu’un homme l’a placée dans cette contrainte.

Cela signifie aussi qu’avant de s’en prendre à l’Etat qui interdit aux femmes d’avorter, on devrait déjà s’en prendre aux hommes qui mettent les femmes dans une condition dont elles ne voient une sortie que par le biais d’un avortement. Et avant d’écrire «Mon ventre m’appartient» sur une bannière que l’on brandira devant les yeux du législateur, on ferait bien d’écrire «Le sort de mon ovule m’appartient» sur une pancarte que l’on brandira devant les yeux de l’homme qui s’apprête à féconder l’ovule alors que la femme ne veut pas d’une telle fécondation.

Hormis les cas mentionnés plus haut – et quelques autres éventuellement –, l’avortement doit dès lors être conçu comme un acte indirectement imposé aux femmes par des hommes qui n’ont pas su agir de manière respectueuse et responsable. Dans ces conditions, il me semble mal à propos de vouloir faire de l’avortement un droit ou l’objet d’un droit. Les droits – et surtout les droits constitutionnellement garantis, c’est-à-dire les droits fondamentaux de la personne humaine – sont là pour protéger des biens fondamentaux, et l’objet d’un droit doit être un tel bien fondamental. Or l’avortement n’est pas un bien, mais tout au plus un mal nécessaire. Il est une ultima ratio auquel de nombreuses femmes sont obligées de recourir dans un monde où de nombreux hommes se conduisent de manière irresponsable. Faire de l’avortement l’objet d’un droit, c’est inciter les hommes à continuer à agir de manière irresponsable. J’imagine déjà un individu cynique disant à une femme dont il a fécondé l’ovule alors qu’elle ne voulait pas d’une telle fécondation: «Tu n’as qu’à faire usage de ton droit à l’avortement et à montrer à l’Etat que ton ventre t’appartient.»

Outre le fait qu’un avortement, même pratiqué dans de bonnes conditions sanitaires, reste un acte médical comportant les risques inhérents à tout acte médical et que, selon la personne, il peut aussi avoir des répercussions psychiques – je pense par exemple au dilemme qu’aura à affronter la femme au moment où elle apprendra qu’elle est enceinte alors qu’elle ne voulait pas l’être –, le problème du statut moral du nasciturus reste un problème qu’aucune avancée scientifique ne nous permettra de résoudre, car la science ne répond pas à des questions d’ordre moral. Elle peut tout au plus fournir des renseignements qui nourriront la réflexion morale.

Personnellement, j’estime qu’un fétus ou un embryon humains ne sont pas de simples choses ou de simples amas de cellules, mais constituent déjà des êtres dotés d’un statut moral. Si le spermatozoïde et l’ovule sont des substances humaines, le fétus et l’embryon sont des êtres humains.

Dans un monde idéal, ces êtres ne devraient pas être détruits volontairement – sauf s’ils constituent un danger important pour la femme qui les porte. Dans le monde bien moins qu’idéal dans lequel nous vivons, leur destruction doit malheureusement parfois aussi être envisagée dans d’autres cas. Ce qui m’offusque, ce n’est pas une femme qui ne voit pas d’autre solution que le recours à l’avortement, mais le fait que ce recours est présenté comme un droit. Dans le monde imparfait dans lequel nous vivons, une femme doit pouvoir avorter parce qu’elle croit qu’elle y est contrainte par les circonstances, et non pas parce qu’elle et d’autres croient qu’elle en a le droit.

Parmi ces circonstances qui la contraignent, il y a bien évidemment l’homme qui a agi de manière irresponsable et irrespectueuse en imposant une grossesse non-désirée à la femme. Si on parvenait à mettre un terme à ce genre d’agissements, le nombre de recours à l’avortement se réduirait considérablement.

Cela signifie-t-il qu’il faut réinstaurer un nouveau puritanisme, l’abstinence sexuelle étant le meilleur moyen d’éviter des grossesses non-désirées? Absolument pas. Par contre, il est plus qu’urgent de faire comprendre à tout un chacun que la sexualité humaine ne se limite pas à la pénétration vaginale sans utilisation de moyens contraceptifs pendant les jours où l’ovule est fécondable. La sexualité humaine est une sexualité protéiforme et toutes ses expressions sont moralement acceptables, pour autant que les partenaires acceptent librement et en connaissance de cause de les mettre en pratique. Si la dimension esthétique – recherche du plaisir – est importante, elle ne devrait pas prendre toute la place. Rechercher un plus grand plaisir pour soi en faisant courir à l’autre le risque d’une grossesse non-désirée, c’est agir de manière irrespectueuse et irresponsable. L’impératif auquel chaque homme devrait se soumettre lors d’une interaction sexuelle avec une femme (pour des raisons évidentes, cet impératif n’a pas sa place dans des relations homosexuelles) est le suivant: Agis de telle sorte que tu évites autant que possible à ta partenaire de tomber enceinte si elle ne le désire pas! Le recours à des moyens contraceptifs ou le recours à des actes sexuels autres que la pénétration vaginale permettent de respecter cet impératif.

Il va sans dire qu’il pourra parfois y avoir des «ratés»: un préservatif masculin pourra se déchirer, du sperme pourra, malgré les précautions prises, pénétrer dans le vagin et provoquer la fécondation d’un ovule. Pour ce genre de situation, l’avortement devrait être une solution de dernier recours. Entre le «Tout faire pour éviter de contraindre la femme à recourir à un mal» et le «Ne rien faire, car la femme aura de toute façon la possibilité de se prévaloir d’un droit fondamental», il y a un abîme, un abîme qui sépare, pour le dire très simplement, les hommes et les salops. Et je crains que le type de discours pro-avortement de nombreuses et nombreux féministes ne fasse le jeu des salops.

Comment se battre contre les salops? Par le biais d’une éducation sexuelle adéquate d’abord et avant tout – et nous en sommes encore très loin. Par le biais d’une prise de conscience de la part des femmes que leur plus grand ennemi ce ne sont pas ceux qui refusent de faire de l’avortement l’objet d’un droit fondamental opposable au législateur, mais ceux qui les mettent dans une situation qui les contraint à recourir à l’avortement. Par le biais, le cas échéant – mais il faudra bien y réfléchir à l’avance – d’une qualification pénale de l’acte de fécondation non-désirée. Par le biais, et ce serait là déjà un premier pas important, d’une condamnation morale des hommes qui imposent une grossesse non-désirée à des femmes.

La vraie libération de la femme ne passe pas par la reconnaissance d’un droit à l’avortement, mais par la reconnaissance d’un droit à ne pas subir de grossesse non-désirée. C’est là le droit fondamental et c’est ce droit que l’Etat doit protéger à tout prix. Car en le protégeant, il s’attaque à la cause profonde du mal, alors que la reconnaissance d’un droit à l’avortement laisse subsister ce mal, voire peut même le renforcer.

Le discours que je viens de tenir se démarque à la fois du discours de certaines féministes qui croient qu’il suffit de s’opposer à un certain discours catholique pour se dire progressiste, ainsi qu’il se démarque de ce discours catholique qui plonge ses racines dans une époque où le ventre de la femme était perçu comme la propriété du mari – une perception qui, disons-le tout de suite, ne dérive pas tant du christianisme que du droit romain – et où la sexualité était perçue comme l’œuvre du diable. Les féministes n’accepteront pas qu’on remette en question le droit à l’avortement – mais je tiens à leur dire qu’en remettant en question un droit à l’avortement, je ne remets pas en question le recours à l’avortement comme ultima ratio –, et certaines autres personnes n’accepteront pas qu’on prône une pluralité de types d’actes sexuels.

Nul doute que je me ferai attaquer de tout bord. Mais n’est-ce pas là le prix à payer pour la liberté de pensée – tant prônée par tout le monde, mais qui, pour certains et certaines, se limite à la liberté de penser comme eux ou elles. Que les féministes me traitent de réactionnaire et que celles et ceux de l’autre bord me traitent de libertin, d’androphobe ou de je ne sais quoi, peu m’en chaut.

*Norbert Campagna est professeur-associé de philosophie à l’Université
du Luxembourg et professeur de philosophie au LGE ainsi qu’en classe préparatoire au LCE. Il est notamment spécialiste en éthique de la sexualité – en 2013 il s’est vu décerner un trophée de la recherche en Ethique pour ses travaux sur l’éthique de la sexualité.

Pétitionpublique1024
7. Juni 2018 - 15.05

Aussi longtemps que la femme célibataire sera surtaxée par rapport à la femme mariée, il n'y a pas de libération.