Le président Macron l’avait assuré lorsque, le 13 avril dernier, il avait annoncé pour le 11 mai la fin du confinement: cette date serait aussi celle où les enfants et adolescents pourraient reprendre le chemin des classes qui avaient toutes fermés à la mi-mars. A l’époque, cela semblait aller de soi, si du moins les conditions générales de ce déconfinement étaient remplies. Près d’un mois plus tard, pourtant, les choses s’annoncent nettement plus compliquées.
Même au sommet de l’Etat, on convient désormais que les deux premiers jours au moins de cette „rentrée“ bien théorique, et pour une session scolaire bien courte, ne verront pas les élèves regagner leurs classes, mais seulement le personnel enseignant. A charge pour lui de tout (finir de) préparer pour assurer dans les meilleures conditions de sécurité l’accueil des élèves, finalement par vagues successives à partir du 14. Mais le problème est plus vaste, et la polémique flambe.
Car beaucoup estiment, tant parmi le corps enseignant que chez les parents d’élèves, que même dans une école bien préparée, il sera parfaitement impossible d’appliquer les consignes de sécurité, ces fameuses „mesures-barrières“, sensées garantir l’immunité au coronavirus, ou en tous cas en limiter considérablement les risques. Et de fait, comment assurer le maintien d’une distance de deux mètres entre chaque élève, ou l’interdiction, surtout chez les plus petits, de se toucher les uns les autres, de se prêter un crayon, une gomme, de se donner la main dans les couloirs ou en cour de récréation?
Même les départements „verts“ …
De telles précautions, dont tout le monde ou presque reconnaît la nécessité, exigeraient à la fois des locaux plus vastes, et un personnel nettement plus nombreux encore que dans l’Education nationale (qui compte pourtant quelque 850.000 agents de tous grades en France). Et comment dédoubler les effectifs des classes, comme recommandé, sans désorganiser complètement ce qui reste de 3e trimestre?
De très nombreux parents, à en croire les sondages, ont d’ores et déjà décidé de ne pas faire reprendre les cours à leurs enfants avant la vraie rentrée, celle de septembre. Ce qui pose un problème juridique – l’éducation est une obligation légale, non soumise au bon vouloir des familles – et achève de désorganiser ce rendez-vous scolaire des jours qui suivront les 11 et 12 mai.
C’est tout particulièrement vrai, bien sûr, dans les départements classés „rouges“ – c’est-à-dire où le virus reste le plus actif, et les hôpitaux les plus saturés – comme ceux du „Grand Est“ et de la Région parisienne. Mais même là où les risques sanitaires sont clairement moindres, comme dans les départements „verts“ de l’Ouest ou le Midi atlantique et méditerranéen, les réticences sont vives.
Les maires aussi
Au point que d’innombrables maires sont à leur tour entrés dans la controverse. Car les écoles primaires, justement dites „communales“, relèvent de la responsabilité des communes, et le gouvernement a eu à cet égard une attitude juridiquement ambiguë: c’est lui qui ordonne la réouverture des établissements d’enseignement (en dehors, a-t-il précisé, de facultés et grandes écoles), mais c’est aux maires de voir si cette rentrée est possible chez eux, et de demander au préfet le maintien de la fermeture s’ils estiment que la sécurité sanitaire n’y est pas garantie.
Or beaucoup de maires redoutent, s’ils ne s’opposaient pas à la réouverture des écoles de leur communes et qu’il s’y produisît ne fût-ce qu’une seule contagion au Covid-19, de se voir attaqués en justice par les parents (ou les enseignants qui en seraient eux aussi victimes, d’ailleurs). Comme si la vie publique française commençait à se „judiciariser“ sur le modèle américain …
C’est dire que pour des millions de jeunes Français scolarisés, pour leurs enseignants et pour leurs parents, le rendez-vous de la rentrée ressemble fort à un casse-tête. Et sans doute aussi, voire surtout, pour un certain Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale …
Zu Demaart
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