L’infortuné M. Castaner, ministre de l’Intérieur – dont les jours à ce poste semblent désormais comptés – n’a décidément pas de chance. Ses propos très maladroits contre ses propres troupes policières (voir Tageblatt des 13 et 15 juin) tout juste corrigés par le président Macron, le voici face à une nouvelle crise, qui aura mis une petite semaine à s’installer mais qui défraie désormais la chronique: les violences inter-communautaires qui secouent la très touristique, et jusqu’alors paisible, capitale historique des ducs de Bourgogne.
Les affrontements entre bandes rivales, notamment pour la maîtrise de territoires particuliers, sont certes relativement courants dans l’Hexagone. Mais ils sont d’ordinaire cantonnés dans certaines banlieues plus ou moins déshéritées, où la police et les pompiers n’osent plus toujours se risquer – on parle de „zones de non-droit», en évoquant pudiquement une nécessaire „reconquête républicaine“ – et ils ne mettent pas aux prises, en général, des membres de communautés différentes.
L’affaire de Dijon, dans le contexte actuel de vif débat autour des questions ethniques et d’immigration, est plus redoutable encore politiquement, car on voit bien quelle exploitation pourra en faire l’extrême droite. Ce n’est évidemment pas un hasard si Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a décidé de se rendre hier sur les lieux, où patrouillent désormais jour et nuit quelque 110 gendarmes mobiles.
Des tirs à balles réelles
En outre, on n’en est plus simplement aux coups et blessures habituels, aux voitures et poubelles incendiées, ni même aux magasins mis à sac. On a relevé de nombreux tirs à balles réelles opérés par des assaillants tchétchènes chez qui pistolets et Kalachnikov tendent à remplacer les battes de base-ball des premiers soirs. Et les dealers maghrébins soucieux de conserver leur zone d’activité ne sont désormais plus en reste. Les blessés par balle seraient déjà au total, dans un camp et dans l’autre, au nombre d’une dizaine.
Hier à l’Assemblée nationale, le premier ministre Edouard Philippe a évoqué la situation de ce quartier de Dijon en en profitant pour faire allusion à la récente campagne d’opinion contre la police: „C’est une réalité insupportable“, a-t-il affirmé. „Nous avons vu le rôle éminent, une fois de plus, des forces de l’ordre, que nous soutenons tous et dont nous nous disons qu’elles seraient, dans les circonstances actuelles, singulièrement démunies si elles étaient désarmées.» Référence à peine voilée à Jean-Luc Mélenchon, qui avait demandé samedi que la police soit „aussi désarmée que possible“ …
De fait, et même si ces événements restent encore circonscrits géographiquement, ils n’en revêtent pas moins, pour le pouvoir, et bien entendu pour la population locale, une signification insupportable. Les tout derniers développements laissent d’ailleurs à penser qu’outre les Tchétchènes, qui seraient désormais moins actifs sur la zone, d’autres bandes seraient à l’œuvre pour la conquérir.
De tels affrontements ne sont évidemment pas nouveaux. Mais ils tombent on ne peut plus mal psychologiquement: au moment où le président Macron exhorte les Français à entrer résolument et sereinement dans le „monde d’après“, ils viennent montrer combien ce dernier risque de ressembler à celui d’avant – et point pour le meilleur.
Zu Demaart
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