La situation est d’autant plus singulière que l’actualité, tant politique, économique et sociale à l’intérieur de l’Hexagone, que diplomatique et militaire au dehors, devrait au contraire fournir aux partis de brûlants sujets de controverses. Mais la relative apathie qui avait marqué la campagne présidentielle s’est manifestement étendue, et même encore aggravée, s’agissant des législatives.
A une exception près, il est vrai. Quoiqu’il ait renoncé à se représenter lui-même dans sa circonscription de Marseille, Jean-Luc Mélenchon reste fidèle à sa réputation – méritée – d’excellent batteur d’estrade, continuant à régaler ses auditoires par les détails de sa future installation à Matignon et de ses premiers pas de premier ministre cohabitant avec Emmanuel Macron.
Un Macron dont il consent, les bons jours, à considérer qu’il n’est pas sans disposer d’une certaine légitimité, mais évidemment inférieure à la sienne propre. Ce qui a fait dire au chef de l’Etat, à la fin d’un récent conseil des ministres: „Il faudra quand même qu’on m’explique pourquoi quelqu’un qui a été, comme lui, trois fois battu à l’élection présidentielle, l’emporterait en légitimité sur moi qui ait été élu deux fois!“
Un „Conseil national de la rénovation“
Il reste très peu probable que cette stratégie de l’omniprésence péremptoire permette à M. Mélenchon d’être, comme il le pronostique au mépris de la Constitution… et des sondages, „élu premier ministre par les Français“ lors des législatives des 12 et 19 juin. Mais il aura été, dans cette campagne volontiers outrancière, beaucoup aidé par l’effacement d’Emmanuel Macron lui-même.
Tout se sera jusqu’à présent passé comme si le président réélu tenait le scrutin législatif pour une formalité vaguement ennuyeuse, et au résultat acquis d’avance à quelques petites incertitudes marginales près. Il se dit même que cette posture élyséenne commence à inquiéter, voire à affoler, un certain nombre de ses collaborateurs, et de candidats de son parti à la députation.
C’est tout juste si, dans un entretien collectif accordé à la presse régionale, le chef de l’Etat a indiqué qu’il comptait bien „changer de méthode“ pour son second quinquennat, se montrer moins „jupitérien“ et „plus proche du terrain“. Avec, notamment, la création d’un „Conseil national de la rénovation“, qui associerait des représentants des partis, des syndicats, du monde associatif, culturel et l’on en passe, ainsi que des citoyens tirés au sort, pour formuler des propositions permettant de redonner du souffle et de l’imagination à la vie publique.
Des sondages favorables aux macronistes
Mais est-ce une bonne idée, au moment où les Français se préparent – très mollement, certes – à renouveler leurs députés, de lancer l’idée d’une sorte de contre-Assemblée nationale? Avec, de surcroît, des „citoyens tirés au sort“? Un concept similaire avait déjà été utilisé lors du premier quinquennat avec la „Convention citoyenne pour le climat“, laquelle a sombré, comme on pouvait s’y attendre, dans la démagogie, la frustration et le ridicule.
Quant à l’opposition de droite, elle tente de reprendre un peu de vigueur après le fiasco de Mme Pécresse à la présidentielle. Mais, elle non plus, sans guère parvenir à faire entendre des propositions susceptibles de remobiliser ses électeurs. Il n’est jusqu’au Rassemblement national qui, malgré de nombreux déplacements de Marine Le Pen – qui joue, il est vrai, assez „profil bas“ quant à ses ambitions personnelles – paraisse assez absent de la scène, pour ne rien dire de son concurrent fondé par Eric Zemmour, Reconquête. Comme si l’effacement macronien avait quelque chose d’un peu contagieux.
Serait-ce ce qui, en secret, encourage le président de la République à ne rien faire, ou presque, pour aider „ses“ candidats? Ou bien, plus simplement, la lecture des sondages? Car c’est tout de même la majorité présidentielle qui, le 19 juin, a le plus de chances, d’après les dernières enquêtes d’opinion, de retrouver aussi sa majorité parlementaire, à peu près ou franchement selon les hypothèses, avec 275 à 310 sièges sur 577, contre 170 à 205 sièges pour la coalition mélenchoniste, suivie de la droite classique et du RN.
C’est dire que si les sortants ne sont pas assurés de pouvoir gouverner seuls, ils pourraient tout de même, fût-ce au prix de quelques débauchages ponctuels, éviter à M. Macron les affres d’une nouvelle cohabitation.
Zu Demaart
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