Ces deux formations, sous différentes appellations, ont forgé l’histoire de la Ve République, en alternant au pouvoir, et semblaient à ce titre indestructibles. La première se réclamait – de plus en plus vaguement, il est vrai – de l’héritage du général de Gaulle. La seconde avait fini par épouser les institutions qu’elle avait tout d’abord combattues, et François Mitterrand, finalement élu à l’Elysée en 1981, avait fini par concéder: „La Ve République, je ne l’ai pas choisie, mais enfin, elle est là, elle me va.“
C’est dire que, sympathisants ou adversaires de l’un ou l’autre parti, beaucoup de Français ont du mal à envisager sans ces deux figures totémiques la continuation de la vie politique telle qu’ils l’ont toujours connue. C’est pourtant ce qui pourrait bien arriver si les législatives décalquent, voire accentuent, les résultats de la présidentielle.
Car les candidates respectives des deux formations, Mme Pécresse pour LR et Mme Hidalgo pour le PS, ont obtenu lors du scrutin présidentiel des scores trop faibles pour être simplement imputables à une incapacité personnelle de l’une et de l’autre à séduire l’électorat. A quoi s’est ajouté le fait qu’en pratiquant, dès le début de son premier quinquennat, une large ouverture et direction de ceux qui étaient prêts à le rallier, à droite comme à gauche, Macron avait de toute façon raréfié le vivier de personnalités des deux partis. Mais pour le reste, la nature des risques encourus par l’un et par l’autre est différente.
A droite: être au moins des arbitres?
Du côté des Républicains, et de leurs alliés de l’UDI, la bataille reste exclusivement électorale. Si la droite modérée obtient, dans la future Assemblée, un nombre de sièges spectaculairement inférieur à l’effectif du groupe LR sortant, qui comptait une centaine d’élus – disons la moitié, ou même moins – le risque sera grand de voir les électeurs se convaincre que décidément, le vote LR ne pèse plus grand-chose. Le recul pourrait ainsi acquérir quelque chose de cumulatif, une sorte d’„effet boule de neige“ à l’envers, y compris dans d’autres scrutins qui ont jusqu’ici permis à la droite de garder une assez bonne implantation locale.
En outre, sans oser encore le dire clairement, on ne désespère pas, chez les Républicains, de voir un Macron éventuellement affaibli par ces législatives, autrement dit n’obtenant pas les 288 sièges nécessaires à toute majorité absolue, contraint d’aller chercher dans leurs rangs un appoint parlementaire au coup par coup, qui en ferait des arbitres influents.
Le cas des Socialistes n’est pas le même. Depuis que leur conseil national, pressé par la direction, a avalisé la soumission de cette dernière à Jean-Luc Mélenchon, dans le but de sauver les sièges qui pouvaient encore l’être, le PS a certes gagné des soutiens électoraux dans l’extrême gauche populiste, pro-islamiste et anti-européenne. Mais il s’est, du même coup, terriblement décrédibilisé et rendu infréquentable par toutes les formations extérieures à la machine de guerre électorale mélenchoniste.
A gauche: le pire n’est pas toujours sûr, mais …
Ce virage à 180 degrés par rapport aux valeurs socialistes a en outre suscité en son propre sein ce qui ressemble de plus en plus à une dissidence, à laquelle le tribunal judiciaire de Créteil, saisi par plusieurs militants restés fidèles à ces valeurs, vient d’ailleurs de donner raison en ordonnant au PS „mélenchonisé“ d’organiser d’ici un mois une convention nationale pour faire valider cet accord, faute de quoi celui-ci serait sans valeur. Ce qui annonce d’ailleurs un sérieux problème politico-judiciaire …
Mais au-delà de cette question formelle, on comprend que les militants socialistes soient saisis d’angoisse à l’idée de voir leur parti, pour l’éphémère bénéfice d’une alliance électorale contre-nature, renoncer à son identité, c’est-à-dire, selon toute vraisemblance, à son avenir, même si l’on s’y dit que le pire n’est pas toujours sûr.
Et dans ces deux grands partis de gouvernement, dont l’histoire est tellement consubstantielle à celle de la Ve République, on retient encore son souffle en attendant dimanche prochain, et celui du 19 juin plus encore, plutôt que de lamenter à haute voix. Mais au PR comme au PS domine aussi le sentiment que, bien au-delà de l’affrontement Macron/Mélenchon, la vie politique française pourrait être bouleversée dans dix jours par leur (quasi?) disparition. Et qu’elle n’y gagnerait certes pas.
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