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LégislativesLes Français votent ce dimanche sans empressement et dans un climat incertain

Législatives / Les Français votent ce dimanche sans empressement et dans un climat incertain
Franck Othmame Gord, organisateur de la campagne „La France Insoumise“, accroche des affiches électorales à Marseille Photo: Daniel Cole/AP/dpa

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La campagne pour le premier tour des élections législatives françaises, ouverte officiellement il y a deux semaines ou presque, mais qui n’a curieusement pris son véritable élan que ces tout derniers jours, s’est achevée hier soir dans un climat décidément un peu étrange, marqué par des incertitudes majeures. La première d’entre elles étant d’ailleurs génératrice de plusieurs autres: celle qui porte sur ce que sera le taux d’abstention.

De ce point de vue, les sondages s’accordent en effet à prédire une participation électorale des plus faibles. Celle-ci pourrait plafonner à 46 ou 47%, chiffre historiquement bas pour un scrutin national aussi important que la désignation d’une nouvelle Assemblée nationale. La mobilisation des Français pourrait donc s’avérer encore beaucoup plus faible que pour l’élection présidentielle, avec un taux qui ne cesse de baisser depuis les législatives de 1973.

Cette prévision, que les faits peuvent évidemment venir corriger dimanche soir, mais qui est à peu près unanimement constatée, n’intéresse pas seulement les politologues et autres observateurs de la vie politique de l’Hexagone, mais aussi les partis. Car l’indifférence, voire le rejet, à l’égard du vote, n’est pas la même partout, et doit être intégrée aux pronostics des sondeurs.

Ainsi, les plus enclins à s’abstenir sont d’abord les jeunes, ce qui peut défavoriser les deux courants qui captent le plus leur sympathie: la NUPES (Nouvelle union populaire, écologique et socialiste) de Jean-Luc Mélenchon, et le Rassemblement national de Marine Le Pen. C’est, en revanche, dans l’électorat macroniste et celui des Républicains que l’intention d’aller effectivement voter dimanche semble la plus solidement ancrée. „Semble“ seulement, il est vrai, tant il peut y avoir loin des intentions aux réalités.

Un signal d’alarme pour l’Elysée

Si l’on tente d’entrer un peu plus avant dans les motivations des abstentionnistes se revendiquant comme tels, en dehors de la petite frange de Français qui ne se rendent jamais aux urnes par manque de conviction, incompréhension, désillusion, hostilité plus ou moins anarchisante ou paresse intellectuelle, revient le fait qu’ils ne „se sentent représentés ni écoutés par personne“, ni sur le plan national ni sur le plan local. Excuse commode? Peut-être; mais les politiques gagneront sans doute, quand les slogans se seront tus, à se demander quand même un peu plus attentivement pourquoi.

A commencer par l’homme de l’Elysée lui-même, qui, jusqu’à ce que retentisse ces derniers jours le signal d’alarme de la montée en puissance mélenchoniste, aura tout fait pour anesthésier la campagne, tant il lui semblait évident qu’a sa reconduction comme président ne pouvait que correspondre la reconduction de sa majorité parlementaire. Emmanuel Macron aura découvert sur le tard que sans être invraisemblable, cette éventualité n’était pas garantie, et se sera mollement impliqué.

Son espoir législatif peut-il être mis à mal par la NUPES? Même si son chef ne cesse de se proclamer d’avance futur premier ministre d’un gouvernement de cohabitation, ce n’est pas l’hypothèse la plus probable. Les sondages les plus optimistes lui accordent à peu près une égalité en voix avec les macronistes et leurs alliés, mais une forte différence en sièges au second tour, et à plus forte raison de nouvelles difficultés lorsqu’il s’agira d’investir un gouvernement.

L’irruption tardive du débat économique

Car sa coalition électorale va se heurter, quel que soit son éventuel succès, à deux obstacles. Le premier tient à la nature-même de la NUPES: avoir rassemblé dès le premier tour tous les partis de gauche et d’extrême gauche (à l’exception très mineure des trotskistes) constitue certes un avantage, pour ne pas dire un exploit, mais le prive de tout réservoir d’électeurs pour le second. En second lieu, au sein de la nouvelle Assemblée, chacune des composantes de cette union électoraliste a déjà annoncé son intention de (re)former son propre groupe: socialiste, communiste, vert, etc.

Reste à savoir si la très tardive irruption du débat économique et financier sur les projets des uns et des autres – autrement dit, pour dire les choses simplement, celui de Mélenchon et celui de Macron – peut encore ramener aux amis du président réélu ceux qui, d’abord tentés de céder aux sirènes du „il n’y a qu’à“ mais finalement rappelés à ce que le locataire de l’Elysée appelle „le parti du bon sens“ contre celui „du désordre“.

Il est vrai que les chiffrages de la mise en application du projet mélenchonien tels qu’effectués par la NUPES elle-même sont déjà accablants: au moins 250 milliards d’euros sur le quinquennat. Mais d’autres, venus pourtant de la gauche socialiste, sont encore pires: selon l’Institut Montaigne, il ne s’agirait de pas moins de 219 milliards d’euros … par an! Ce qui supposerait un alourdissement annuel de la fiscalité des entreprises de 82,5 milliards d’euros, et de celle des ménages de 26 milliards.

Incertitudes ou certitudes négatives

Ces chiffres accablants ne sont guère contestés, si ce n’est à la marge, par LFI et son chef. Mais ils mettent fort mal à l’aise les composantes modérées de sa coalition électorale, à commencer par Olivier Faure, encore patron du PS, qui a déjà, il est vrai, avalé beaucoup de couleuvres. M. Mélenchon et son entourage vont répétant qu’il suffira, pour financer leur projet, de „faire payer les riches“, notamment à travers une forte augmentation de l’ISF (Impôt sur la fortune) et d’une révision générale des barèmes fiscaux.

Et tout cela „au détriment des classes moyennes, éternellement ponctionnées par des gouvernements en mal de financement“, rétorquent – sur le tard – les deux grands silencieux, ou presque, de la campagne législative: la droite modérée, celle de LR, en quête de survie (voir Tageblatt du 10 juin), et celle, plus radicale, du Rassemblement national de Marine Le Pen. On ne saurait mieux montrer combien, sur ses derniers jours, cette compétition électorale aura tourné à une version minimaliste, et plus d’une fois surréaliste, de la lutte des classes, réécrite par des leaders „bourgeois“, comme on disait jadis.

De sorte qu’il n’y a plus, en cette veille de scrutin pourtant majeur, que des incertitudes, ou des certitudes négatives. Emmanuel Macron va-t-il sauver sa majorité parlementaire, à laquelle il s’est si peu consacré? Il pourrait bien avoir, pour cela, besoin d’alliés centristes, voire de droite modérée. Jean-Luc Mélenchon va-t-il, au contraire, conquérir Matignon? Normalement non, mais il peut jouer les trouble-fêtes durant tout le quinquennat. Les Républicains vont-ils préserver dans ce scrutin les bases de leur reconstruction? Allez savoir … Même réponse quant à ce que peut devenir une gauche dont beaucoup d’éléments refusent en leur fort intérieur la mélenchonisation forcée, mais ne voient pas clairement quel autre avenir est possible. Oui, décidément: beaucoup d’incertitudes – et l’on n’en sera dimanche qu’au premier tour …